Critique Batman : Gotham By Gaslight – Le chevalier noir steampunk

Batman : Gotham By Gaslight, le chevalier noir

Grand fan du personnage de l’homme chauve-souris, je me devais de lire ce grand classique qu’est Batman : Gotham By Gaslight. Ce récit est la pierre angulaire du lancement du label Elseworlds pour DC Comics en 1989. Sous ce label, les auteurs et illustrateurs peuvent réinventer les héros de la maison d’éditions. Ceci, sans impact sur la continuité car ces histoires se déroulent dans un tout autre univers. Depuis peu, Urban Comics propose une nouvelle édition de l’oeuvre, complétée par le dvd de l’adaptation récente en film d’animation du roman graphique éponyme. C’était donc pour moi la meilleure occasion de découvrir cette réinvention du mythe de Batman.

Batman : Gotham By Gaslight, Le Chevalier Noir dans les ruelles sombres de Gotham

La légende du Batman à l’apogée de l’époque victorienne

Bryan Augustyn (le scénariste) nous livre une histoire des origines du chevalier noir dans un univers steampunk. Le lecteur assiste à la naissance du Batman et à sa première enquête. En effet notre héros est le plus grand détective et nous revenons alors aux fondamentaux. L’époque victorienne permet ainsi d’opposer la chauve-souris à un antagoniste à la hauteur de ses compétences : Jack l’éventreur. Ce dernier dont l’identité reste encore inconnue pour nous dans notre réalité représente le challenge idéal pour notre super-héros. Il vient cristalliser toute la noirceur ainsi que la violence qui règnent dans certaines ruelles sordides de Gotham. Bruce Wayne va devoir redoubler d’ingéniosité pour démasquer le meurtrier tout en faisant face à la difficulté d’endosser le costume.

L’édition Batman : Gotham By Gaslight d’Urban Comics inclut la suite des aventures de l’homme chauve-souris toujours par Bryan Augustyn. Avec cette seconde histoire nous découvrons la deuxième facette du héros : l’homme d’action. Le scénario laisse place à des scènes de combat et de destruction. Il n’est plus question d’enquêter mais de protéger et se battre. Avec cette suite le scénariste approfondie la construction de la légende du chevalier noir et nous délivre sa vision. Bruce Wayne et Batman ont toujours été deux alter ego en conflit exacerbé par la gangrène menaçant la ville de Gotham. L’époque victorienne permet de plonger notre héros dans un univers qui lui a finalement toujours correspondu : l’apogée de la révolution industrielle synonyme de croissance et prospérité opposée à la violence ainsi que la noirceur tapis dans l’ombre.

Batman : Gotham By Gaslight, la légende du Batman est en marche

Batman : Gotham By Gaslight, un plaisir éphémère

Gotham By Gaslight est très agréable à la lecture. Les deux histoires regroupées sont d’une force iconique incontestable mais le plaisir reste trop éphémère. On en redemande encore une fois le livre fermé. Ce n’est pas une sensation d’inachevé, loin de là. On retrouve plutôt ce petit goût de « reviens-y ». Malheureusement faute de suites ou d’une histoire plus dense, nous ne pouvons explorer en profondeur ce merveilleux univers papier qui nous est proposé. Le récit et le monde survolé dedans fait travailler notre imaginaire sans sonner creux à un seul moment. Finalement c’est peut être pour cette raison aussi que cette oeuvre est majeure ; Car il n y a pas de suite qui viendrait gâcher le plaisir.

Un Batman est naît à cette époque et veille sur cette Gotham steampunk venant stimuler notre imagination. Si vous êtes touché par cette aventure vous fantasmerez la suite, visualisant ce que pourrait être les versions victoriennes de la galerie de gredins que le chevalier noir affronterait dans les rues et quartiers de la ville.

Batman : Gotham By Gaslight, un dessin au service de l’histoire

Un même scénariste, deux dessinateurs : Les dessins n’ont jamais autant servis et collés à l’histoire. En effet comme je l’ai dit plus haut, le Batman victorien a bénéficié de deux aventures dans cet univers par le même auteur. On assiste à la construction brique par brique du personnage et les coups de crayons en sont le ciment.

Pour le premier récit (qui donne son titre à l’édition d’Urban), une enquête, une chasse d’un meurtrier violent, les traits sont fins, sont esquissés mais toujours de manière précise et chirurgicale. Le lecteur est ainsi projeté à la place de ceux qui ont aperçu le Batman. Il est impossible de s’en faire une réelle idée jusque dans le dernier acte. Nous assistons à la naissance du mythe et le chevalier noir est donc encore une simple légende que l’on se raconte pour se faire peur. Une ombre qui veille sur Gotham et le dessin de Mike Mignola (Hellboy) vient sublimer la narration en saisissant toute l’essence du personnage.

Le second récit, Master of the futur, laisse place à l’action. Le Batman passe de l’ombre à la lumière, du détective, au preux chevalier. L’alter ego de Bruce Wayne délaisse la rumeur d’une chauve-souris arpentant les toits de Gotham, pour l’image iconique du héros serviteur de la ville et ses citoyens. Le personnage est donc représenté plus musculeux, les dessins sont bourrus parfois bourrins mais toujours très réussis. Edouardo Barreto apporte de la lumière au récit, symbole de l’apogée de l’ère industrielle et de la réussite.

Batman : Gotham By Gaslight, un adversaire inédit.

Les deux types de dessins sont totalement adaptés à leur récit, il n’en aurait pu être autrement. Mais j’ai une petite préférence pour Mike Mignola. Dans un premier temps après avoir achevé ma lecture du comic book, j’ai eu du mal avec la représentation de l’homme chauve-souris. Je m’étais moi même forgé une idée d’un Batman Steampunk et une petite pointe de déception s’est faite ressentir. Mais avec du recul certaines planches sont magnifiques et le personnage est totalement ce qu’il devait être. Je pense même que le visionnage de l’adaptation en film d’animation est ce qui m’a fait revoir mon avis sur l’illustration de la version papier. Vous allez comprendre pourquoi.

Batman : Gotham By Gaslight le film d’animation, une tentative bancale de prolonger le plaisir

Batman : Gotham By Gaslight le film d'animation

Je ne vais pas m’étendre sur cette adaptation. La tentative est louable, et ce métrage dessin animé de 1h18 est loin d’être une catastrophe. Premier point fort, le film adapte l’arc narratif sur Jack l’éventreur avec beaucoup de liberté. Ce n’est donc pas une simple redite, l’identité du tueur (sans spoiler) est complètement différente par exemple. Mais au delà de livrer une nouvelle expérience dans cette univers, le long métrage tombe dans certains travers qui ont pourtant été intelligemment évités par le comic book.

Le film d’animation donne dans le fan service. Le spectateur et aficionado de Batman retrouvera les versions steampunks/victoriennes de nombreux personnages de l’univers du chevalier noir. Malheureusement ils seront surtout là pour être là mais sans aucune réelle profondeur et raison. La version papier n’avait pratiquement utilisé aucun personnage connu et avait proposé de l’inédit. Il est donc dommage d’avoir, dans le cas du film d’animation, de simple faire-valoir ou clin d’œil appuyés mal gérés.

Second point négatif qui dépossède l’oeuvre de son âme : le dessin. D’un caractère mainstream, il ne semble pas abouti. Ce qui est dommage quand on a lu les deux récits papiers aux dessins à fortes personnalités et pouvoirs évocateurs. Là où le métrage d’animation aurait pu se montrer plus violent et sordide, il se révèle impersonnel et lambda.

Prolongement de l’expérience inachevé et trop superficiel, Batman : Gotham By Gaslight le film d’animation reste néanmoins un bon divertissement s’adressant aux complétistes. Il va même jusqu’à emprunter des directions qui choqueront les plus puristes d’entre nous. Je n’en dirais pas plus pour ne pas spoiler et laisser un peu de suspense à l’enquête de notre détective préféré.

Batman : Gotham By Gaslight, Jack l'éventreur

Pour Vous Lecteurs
Pour les aficionados du Batman cette oeuvre est incontournable. Les fans retrouveront le chevalier noir dans une époque qui lui va si bien. Pour les lecteurs moins connaisseurs du personnage, c’est une lecture que je recommande tout de même pour se faire un nouvel avis sur l’homme chauve-souris. Et enfin pour ceux qui cherchent un point d’entrée dans le monde du comics et tout particulièrement dans l’univers de Batman, ces récits sont tout simplement une occasion de découvrir le personnage sans en connaître tout le background. C’est là tout le charme et l’avantage du Elseworlds qui permet d’atteindre un plus large lectorat.

En Bref
Un meurtrier sanguinaire et réputé, une première enquête, de l’action dans la seconde partie, une illustration adaptée au récit, une réinvention parfaite de la légende, Batman : Gotham By Gaslight est une puissante relecture du personnage donnant un nouveau souffle au mythe du chevalier noir. L’édition d’Urban Comics est un véritable petit bijoux pour tous ceux qui n’ont pas encore découvert ce pilier des univers alternatifs.

Si vous souhaitez poursuivre l’aventure des univers alternatifs, vous pouvez découvrir mon retour sur Superman : Identité Secrète.

Bonne lecture.

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